Avancer contre et avec le vent
 
Édouard Manet aurait dit un jour quelque chose comme : « chaque fois que je peins, c’est comme si je réapprenais à nager ». Des mots, toujours des mots… Ils sont comme des icebergs, ils ne révèlent qu’une infime partie des choses. Et je m’apprête à les utiliser pour vous entretenir d’une artiste d’exception. Ces mots ne feront pas tout le travail. Ils ne peuvent qu’être votre point de départ. Vous aurez à vous les approprier.
 
S’exprimer, c’est vivre avec tout ce que cela amène de joie, de peine, de doute, de douleur et d’exaltation. Et cela, ça se vit. Point. Ajouter la complexité d’apprendre une technique pour ensuite l’assimiler à soi, arriver à prendre sa distance, à connaître son propre regard. Et comme si ce n’était pas assez, mettez le tout dans le contexte d’une société de consommation et de classification… car tout s’achète et chaque chose est compartimentée. Ici l’imprévisible fait peur. Normal. On nie le hasard et la mort, on tente de dompter le chaos. L’éternité, c’est aujourd’hui, peut-être demain matin, pas la semaine prochaine en tout cas… Après une rencontre avec l’artiste Marie-Josée Roy et après avoir vu et médité sur son travail, je ne peux empêcher mes pensées d’errer en surfant sur mes vents intérieurs. Mes tempêtes, mon swing aussi.
 
 
Peintures sur métal, sculptures en métal… Cette matière, elle l’a fait sienne. Riopelle disait que pour chasser l’orignal, il fallait devenir l’orignal. Marie-Josée Roy ressent le métal comme s’il était devenu une partie de son corps. Une seconde peau. Une armure.
 
En observant sa dernière production, on constate qu’elle a trouvé sa zone de confort. Ce qui constitue une étape fondamentale de (et dans son) expression artistique. Elle réussit à faire le trait d’union entre la technique, la matière, les outils et son monde intérieur, sa vie. Son propos est personnel, intime et pourtant universel parce qu’il témoigne de sa passion pour le métal, pour sa famille, pour on intimité. Il traite des rencontres, des départs, des difficultés à saisir, à se centrer. Il témoigne aussi de sa force créatrice, féminine, solitaire et universelle.
 
Son expression est physique, et pas seulement parce que forger le métal demande de la force, elle est physique, point. Pas final cependant. Au contraire. Cela ouvre un grand pan sur sa personnalité et sur la nature intrinsèque de son expression. On sent beaucoup d’abandon dans ses peintures sur métal. Beaucoup d’émotion aussi. De la candeur affective et de l’humilité amenées à l’image avec une facture poétique, intense et venant du ventre. Certaines œuvres sont plus narratives, le traitement beaucoup plus fidèle à la réalité physique. Des œuvres qui pour trouver un sens avec le reste de la production auraient besoin d’être mises en scène. Quant aux sculptures, son médium naturel, Marie-Josée Roy réussit à donner une direction artistique tout en finesse par la qualité du traitement et la maîtrise de la technique qu’elle manifeste. Plus important encore, peut-être, est la puissance de l’émotion qu’elle transmet par le feu et le métal.
Robert Bernier
 
 
 
 
Marie-josée Roy